Féminin et masculin sacré

Mis à jour : 14 déc. 2020

Récemment, j’ai eu de nombreuses conversations sur le féminin et le masculin ainsi que sur ce qu’on appelle le féminin et le masculin sacré. Une chose est certaine : cela soulève des passions et le sujet n’est pas simple ! J’ai donc voulu écrire un article, une réflexion, sur ce sujet. Pour être franche, il aurait fallut que j’écrive un livre entier pour pouvoir développer vraiment chaque point (et peut être que cela viendra !). Mais c’est un début de réflexion.


« Dis, pourquoi j’ai pas de zizi ? »

Tout part du corps.

La femme a une vulve, un vagin et un utérus, l’homme non.

L’homme a un pénis, des testicules, et une prostate, et la femme non.

Biologiquement parlant, ce sont les organes sexuels primaires cités ci-dessus qui font qu’on écrira sur votre acte de naissance que vous êtes un homme ou une femme. Ensuite, passée la puberté, il y a aussi des caractères sexuels secondaires qui apparaissent : pilosité, épaisseur de la peau, poitrine, voix… de manière hétérogène, unique à chaque personne.

Jusque là, oui, et alors ? Il y a des différences entre les êtres humains du point de vue du corps, on le savait. Mais il y a des milliers d’autres différences entre les humains et pourquoi un pénis ou une vulve nous définirait plus qu’autre chose ? Rappelons que dans 2% des cas, l'être humain né avec des caractéristiques sexuelles qui ne correspondent pas aux définitions typiques de « mâle » et « femelle ». C'est un être intersexe.


A la préhistoire, la vie s'organisait en communauté pour la survie du groupe et chacun trouvait sa place suivant ses compétences. Les rôles étaient donc attribués par logique, et non en rapport avec le genre de la personne. Si une mère restait proche des cavernes à cueillir les plantes plutôt que de s'éloigner pour chasser, c'est simplement parce qu'elle devait nourrir l'enfant qui s'y trouve. Mais une femme sans contrainte nourricière chassait. Les premières familles étaient communautaire, avec la mère, ses enfants, et le reste du clan. Il n'y avait pas de notion de père ou de mari (filiation matrilinéaire). Les enfants étaient élevés par le clan entier. Le seul but était de protéger la vie, et bien souvent la dimension spirituelle était portée par les femmes, porteuse de vie. Le culte de la déesse mère perdure encore de nos jours.

Ce fut le mode de fonctionnement depuis 50 000 av JC quand les premiers hommes commencèrent à se répandre sur tous les continents, soit pendant 47 000 ans ! (contre 5 000 ans de déséquilibre à venir).


La dégradation de cet équilibre commence dans le Proche-Orient ancien vers 3000 av JC, à Sumer en Mésopotamie, en intégrant la notion de père (filiation patrilinéaire). Puis cela s'est répendu avec les invasions aryennes jusqu'en Inde et Europe de l'ouest. Les hommes ont compris leur rôle dans la procréation, et dans un contexte guerrier, l'importance de l'héritage des terres s'est posé. Il y a de nombreuses théories sur le sujet, sans certitude. Voici mon opinion : Lorsque deux clans s'unissaient ou se faisaient la guerre, les femmes et hommes se retrouvaient sur le même territoire, avec des terres et des richesses à partager. Les hommes ont le rôle guerrier car ils peuvent partir sur de longues durées alors que les femmes assurent la survie des enfants. C'est donc les hommes qui tranchent la question. Si les enfants à venir sont liés aux femmes, ils restent liés à l'ancien clan et cela peut se retourner contre le clan dominant. Mais si c'est l'homme qui prends la filiation, les enfants à venir lui seront liés. Le pouvoir et la possession des biens s'inscrits dans le temps grâce aux générations futures, il faut donc que le conquérant (homme par nécessité à la base) s'assure la filiation. Puis, dans le temps, cette filiation-pouvoir s'est étendue aux femmes. D'où la baisse progressive de leur pouvoir par rapport aux hommes, jusqu'à devenir des sous-êtres dans certaines civilisations. La quête de pouvoir et de richesse qui a créé les plus grandes civilisations de notre histoire et des évolutions incroyables dans nombre de domaine s'est malheureusement appuyé sur une lutte de position des genres destinée à assurer la pérennité de la suprématie par les enfants. La femme devient inférieure, principalement définie par son rôle de mère et donc sans sexualité libre. Apparait alors les genres : une attribution en fonction des critères sociaux établis et de notre manière d’agir ou pas suivant ces critères. La culture s’est basé sur la capacité de gestation pour définir le féminin, et sur la capacité de fécondation pour définir le masculin.

A partir des référentiels qu’elle établit, la culture créée une échelle des potentiels humains et trouve de nombreuses justification pour définir la femme comme inférieure, comme un homme incomplet, le « sexe faible » :

  • La nature : elle n’a pas de pénis ;

  • La religion monothéiste : la femme est issue d’un os inutile de l’homme. Et on passe à la trappe ou diabolise le mythe de Lilith, première femme créée par Dieu, de la même glaise et égale d’Adam, qui a refusée la soumission ;

  • La philosophie : Aristote fonde l’infériorité de le femme de manière métaphysique car elle est un être « manqué », « raté » ;

  • Le droit : inégalité inscrite dans la loi ;

  • La biologie : la femme perd du sang, subit ses règles qui l’affaiblissent, alors que l’homme verse le sang de ses ennemis, donc il est apte à gouverner ;

Et l’homme de son côté à la charge de représenter le genre humain et un lourd devoir de virilité (avoir la valeur la plus haute possible en tant qu’homme d’après les critères de la société en place). Si tu n’es pas grand, fort, puissant, conquérant et hétérosexuel, tu n’es pas un « vrai homme ». La virilité est la domination qui s’exprime sur les femmes, mais aussi sur les autres hommes. L’homme porte le fardeau de sa démonstration perpétuelle de sa force au mépris de sa souffrance. Et il devient totalement dépendant de la femme en ce qui concerne ses besoins affectifs, son intimité et la famille.


Ainsi, la hiérarchie des sexes et la position supérieure de l’homme ont fini par passer pour des évidences « naturelles » alors qu’elles sont entièrement construites. Encore aujourd’hui, lorsque l’on parle des différences entre homme et femme, les mêmes arguments reviennent : la force physique, la fragilité émotionnelle… Alors même que cela est la résultante d’une éducation différente des filles et des garçons.


Le monde se veut binaire et hiérarchisé. L’homme est l’action, le verbe, le commandement, la création. La femme est la passivité, la sensualité, le matériel, la procréation. Un homme doit être viril, une femme doit être douce.

Même dans l’intimité de l’acte sexuel, on parle de pénétration sans savoir qui est actif de la femme ou de l’homme. Même allongé sans rien faire, l’homme sera actif car il pénètrera la femme, alors que celle-ci se fera pénétrer. Pas de possibilité dans notre langue de définir le coït actif par la femme.


Pour les personnes intersexuées et trans, cela est d’autant plus violent que les peurs qu’ils ou elles soulèvent pour les personnes qui ne veulent pas remettre en question leur identité socialement établie sont immenses. Comment s’avouer l’existence normale d’une personne hermaphrodite lorsque notre identité est basée sur le fait que les garçons ont un pénis et seront des hommes, et que les femmes ont un vagin et seront des femmes/mères ? Là encore, la culture décide de ce qui est « humain » ou pas, « vivables » ou pas, avec des tragédies humaines au passage.


Il est important de comprendre que tout cela ne sont que des stéréotypes sexués qui bloquent les hommes dans leur rôle de dirigeant et de combattant, tandis que les femmes doivent les y aider en se mettant à leur service. Dans ce dogme, la dépendance des femmes est donc la condition même de l’exercice de la liberté masculine. Tout deux sont esclaves de ce paradigme, et dépendant de la position prédéfinie par la société de l’autre.


Les choses commencent à changer


La révolution de l’un dépends de la révolution de l’autre. Si l’on veut que les relations entre sexe changent, il faut changer le regard que nous portons sur nous-mêmes autant que sur l’autre.

Il y a un début : l’investissement masculin de la sphère privée, la libération des droits des femmes, la réinvention de la paternité, une plus grande liberté d’expression dans ce qu’est être une femme ou être un homme, la condamnation du sexisme ordinaire, l’expression des émotions des hommes… Mais chacun avance dans son coin, ou sur le mauvais chemin !


Une proposition de loi a été faite par la députée Valérie Boyer pour légitimer le concept de légitime défense différée dans le contexte de violences conjugales, mais uniquement au bénéfice des femmes. Bien évidemment, une telle loi étant inégalitaire n’a pas été retenue. Mais elle avait été soutenue par des associations féministes prônant la discrimination positive pour les femmes.

Comment peut-on lutter contre le pouvoir systématiquement attribué aux hommes en prônant des pouvoirs uniquement attribués aux femmes ? Ce n’est pas chercher l’équilibre, c’est devenir bourreau pour se venger !

Chercher à être au-dessus, c’est encourager le système actuel de hiérarchisation des sexes, des genres, des personnes. On ne compense pas une agression par une soumission, on ne compense pas une souffrance avec une autre.


Lorsque l’on parle de violences conjugales, on parle majoritairement des violences faites aux femmes, car elles sont statistiquement les plus répandues. Mais alors, lorsque l’on veut parler des violences faites aux hommes, on nous répond que c’est une minorité, donc pas le problème principal. On nie une souffrance au nom d’une autre qui serait plus normale, plus courante, plus forte. On hiérarchise encore.


Et puis il y a des comportements qui ne prennent plus du tout en compte notre dimension d’être humain sociabilisé.

Lorsque l’on a grandi dans notre société, nous sommes forcément impactés par ses codes sexistes, même si c’est du sexisme bienveillant comme le fait de porter les choses lourdes ou utiliser les outils dangereux pour l’homme à la place des femmes. Alors oui, mesdames, nous sommes parfaitement capables de porter un pack d’eau ou de désosser un poulet. Mais dans l’inter dépendance établie de notre société, l’homme ne reçoit de sentiments et de reconnaissance dans son rôle d’homme que s’il protège la femme et lui montre ainsi sa propre reconnaissance. Le sexisme bienveillant est là pour récompenser les personnes qui respectent leurs rôles sociaux issus de l’histoire sociale et culturelle liées au genre.

Donc être agressive avec un homme galant parce que « ça va, je peux ouvrir une porte ! », c’est aussi violent et dénué d’empathie que si un homme vous répondait « ça va, je sais faire la cuisine ! » à une femme qui propose de faire à manger.

Ce n’est pas parce que ces comportements attribués le sont par le sexisme imposé de la société qu’il faut gommer les intentions humaines qu’il y a derrière lorsqu’elles sont bienveillantes. Ce n’est pas en remplaçant le sexisme bienveillant par de la colère et de l’agressivité qu’on va avancer !


A l’heure actuelle, dans notre société, la force physique n'est plus vraiment gage de survie. Plus personne n’a besoin de savoir porter un cerf de 200kg sur 20 km pour pouvoir manger. Même s'il est vrai qu'une certaine force assure une position dominante socialement dans bien des cas, mais cela vaut autant pour les hommes que les femmes.


Il faut aussi arrêter de se focaliser sur des combats secondaires, comme la réforme de la langue française. Le souci n’est pas dans la langue, elle est dans la société.

La langue française est ce qu’elle est. C’est notre héritage et notre histoire. Nous ne pouvons pas la renier parce que nous évoluons aujourd’hui. Est ce que vous voudriez revenir au système anté-patriarcale où hommes et femmes avaient une liberté sexuelle totale et où les enfants étaient élevés par la communauté ? Personnellement, cela ne me dérangerait pas. Mais je pense que la majorité des gens n'y sont pas prêt et que le retour en arrière, niant que nous sommes le résultat de notre histoire, n'est pas la solution. Preuve en est que les pires jalouses que j'ai connue se revendiquaient féministe !

Concernant la langue, le réel problème est que l’on n’apprend plus à nos enfants la bonne et entière maîtrise de notre langue, dans toutes ses subtilités. On préfère l’édulcorer, supprimant ainsi des siècles de beaux verbes et nos racines linguistiques, au nom d’une sacro-sainte révulsion du genre. Supprimer, lutter contre, au lieu de rassembler, d’unir, d’être ensemble… L’écriture inclusive qui divise les mots au lieu d’une utilisation plus adaptée des mots.


Il est essentiel de se remettre en cause et de prendre conscience de nos propres modes de fonctionnement, parfois sexistes, avant de condamner les autres. Très souvent, les premiers et premières à dénoncer le sexisme le pratique également. Que dire de phrase tel que : « Comme les hommes pensent avec leur sexe, il est facile pour les femmes de les tenir en laisse », ou « Derrière chaque homme, il y a une femme ». Certaines personnes vont les trouver « marrantes », « flatteuses » peut être dans le sens du pouvoir attribué. Les deux protagonistes sont ici rabaissés autant l’un que l’autre, faibles vis-à-vis d’une position imposée.


Je vous vois venir. Oui, notre système est patriarcal à l’heure actuelle. Dans le sens premier du terme, c’est-à-dire que dans notre système ce sont les hommes qui exercent le contrôle structurel dans la majorité des cas (emploi, travail domestique, culture, sexualité, violence, état).

Et c’est justement les stéréotypes dont nous parlons qui maintiennent ce système en place et le justifie ! Il existe trois processus qui fonctionne ensemble pour justifier le système :

  • Les stéréotypes induisent l’idée que les personnes sont particulièrement adaptées pour endosser les rôles genrés prescrits pour eux par la société. Ces rôles sont légitimisés et passent pour être non seulement équitables, mais également naturel et même inévitables ;

  • Le sexisme bienveillant empêche les personnes de réprouver un système qui les flatte en partie, alors même qu’il ne considère pas leurs compétences. Une femme peut accepter comme compliment le fait d’être « douce » et un homme le fait d’être « résistant », alors même que c’est totalement sexiste ! Si je repousse le système, je repousse aussi cette valorisation, alors que si je coopte le système, j’ai ce bénéfice ;

  • Le système paraît juste, équitable et équilibré, car il donne des attributs positifs et négatifs au deux groupes. C’est le principe du complémentaires mais égaux car chacun peut pleinement s’épanouir dans le rôle qu’on lui attribut ;

Mais au final, qui est le plus prisonnier des dogmes d’une société patriarcale ?

La société est habituée à soumettre les femmes, et les hommes à dominer. Or nous évoluons. Et dans cette évolution les femmes savent de plus en plus retrouver le chemin de la liberté, réussissant à s’attribuer des attributs masculins jusqu’à présent pour avoir le choix. Il y a une certaine admiration dans cette prise de pouvoir aux yeux des hommes qui jugent par cette valeur. Et les femmes entre elles se sentent comme des soeurs avançant sur le même chemin, dans la même lutte pour juste être.

Mais l’inverse n’est pas vrai.

Coincé dans sa position dominante, l’homme qui veut s’en échapper est obligé de déposer le pouvoir et de faire acte de ce qu’il est dans ses forces comme dans ses faiblesses. Et il ne pourra pas trouver de « frère d’armes » dans cette « défaite ». De plus les femmes, même si elles s’émancipent, restent dans leur rapport à l’autre encore beaucoup dans le dogme. Un homme qui accepte ses faiblesses est touchant, mais il reste le dominateur et la méfiance reste souvent.

La société patriarcale est le pouvoir et la prison des hommes.


Il faut retrouver notre intégrité énergétique


Bien évidemment, au fil du temps et de l’évolution du genre humain, toutes ces théories se sont heurtées à une ouverture d’esprit croissante qui remettent de plus en plus en cause les rôles attribués de base, bien obligé de constater qu’il y a trop souvent des choses incohérentes avec la magnifique complexité humaine. Et de nouvelles théories sont apparues pour essayer de concilier notre évolution identitaire et notre société.


Ainsi, nous basant sur les attributs que la société donne au féminin et au masculin, force a été d’en déduire que chacun a des deux en lui, tel le Yin et le Yang du Tao.

Je rappelle que Yin et Yang ne désignent pas de substances, de forces ou d’énergies. Ce sont des étiquettes pour classer les choses sur une même échelle en partant du principe que les choses sont duelles et complémentaires. Blanc et noir sont la même énergie appelée « couleurs » mais à des degrés différents, ce qui explique qu’il existe une multitude d’autres couleurs entre ces deux là. Et bien c’est pareil pour le féminin et le masculin : c’est une seule et même énergie qui se positionne à différents degrés, avec une infinité de possibilités entre les deux extrêmes.


Attends, est ce que tu viens de dire que féminin et masculin c’est la même énergie ? OUI !!


Il faut voir le masculin comme les notes graves sur un piano et le féminin comme les notes aiguës. Sachant que le clavier est infini et qu’on ne peut donc pas en définir le centre. A-t-on le droit de changer de note comme on le veut ? Peut-on jouer grave et aigu en même temps ? OUI !!!!!

Et c’est même ainsi qu’on obtient les plus belles harmonies !


On peut être un homme viril aux yeux de la société et porter des jupes, ou une femme douce en pantalon large, c’est ok (pour ceux qui en doute, je vous invite à découvrir la marque Hiatus de jupe pour hommes). On peut être une femme très sensuelle et ne jamais se maquiller, ou un homme viril qui aime se maquiller, c’est ok. Un homme peut faire de la danse classique et une fille du foot, c’est ok. Une femme peut être forte et un homme faible physiquement, c’est ok. En fait, tout est ok. La vie est une infinité de cas particulier et unique qui, ensemble, créée une harmonie magnifique.


Mais alors pourquoi on nous parle d’énergie féminine et d’énergie masculine ?

Et bien parce que la société cantonne ce qu’elle considère comme des hommes sur une octave particulière dans les graves, et ce qu’elle considère comme des femmes sur une octave particulière dans les aigus. Mais comme ça commence à se voir quand même que c’est pas si restreint que ça et que les gens sont en demande d’épanouissement, on leur lâche un peu la bride. Donc la société prône depuis peu un épanouissement par l’exploration de ces énergies. Mais pas n’importe comment non plus.


Le femme sont invitées à explorer leur énergie féminine (leur octave) et la part de masculinité qu’elles ont en elles (l’octave en dessous). Et les hommes sont invités à faire de même, dans leur octave et l’octave supérieure. De là à utiliser tous le clavier, faut pas exagérer ! C’est pour cela que les deux ne se rejoignent pas et qu’on continue à penser qu’énergie féminine et énergie masculine sont séparées. Mais au moins c’est un début d’ouverture.


La solution n’est pas non plus de gommer les genres que la société a établis. Si on enlève tout, plus de graves, plus d’aigus, tout un système à recréer. Tout le monde n’est pas en capacité de vivre dans notre monde avec les autres tout en envisageant de fonctionner sur un nouveau système que personne ne suit.


Ce qu’il faut, c’est avoir le choix. Réfléchir, travailler sur nous, pour trouver un nouveau mode de fonctionnement respectueux et tolérant. Un mode de fonctionnement où nous pouvons retrouver notre intégrité énergétique pour la redécouvrir.

Mais comment faire ?


Pendant des années, je me suis sentie mal d’être un jour maquillée en robe longue assumant mon rôle de femme sensuelle, et le lendemain en pantalon cargo militaire à ramper dans la boue. Tantôt dans le rôle attribué professionnellement, tantôt dans des métiers quasi uniquement masculin. Tantôt rude, tantôt douce. Est ce que je suis schizophrène ? Est ce que je suis normale ? Ces questions étaient induites par le fait que la société me demande de choisir. Bah oui, faudrait savoir : t’es une « vraie femme » ou un « garçon manqué » ? Qu’on te colle une étiquette une bonne fois pour toute et on en parlera plus !

Et puis, quand est ce que tu te maries ? Et les enfants, c’est pour bientôt ? T’as pas pris du poids ? AARRRGGGHHHHH !!!! Mais ai-je encore le choix de qui je veux être dans cette société ?!


Une fausse bonne idée ?


Heureusement la réponse est oui. J’en viens enfin au féminin et au masculin sacré car ils sont présentés comme un moyen d’y parvenir.

Il est difficile de définir le féminin sacré car on lit de tout sur le sujet. Il y a beaucoup d’annonce, aussi attirante que floue, tel que « la véritable essence féminine », la « force créatrice divine », « l’appel de la femme sauvage, de la Déesse ». Et les promesses sont parfois dignes d’un téléachat qui liste les bienfaits qu’on pourrait attendre d’un épluche légume…


Pourtant, le concept à la base est très simple : apprendre à vraiment se connaître, faire une introspection pour savoir quelle énergie nous avons en nous, qui nous sommes, sans le carcan de la société. Ok. Mais qu’est ce que ça a de féminin tout ça ? Bah en fait rien !

Sauf si on se réfère au dogme dont on est censé se libérer et qui dit que l’introspection, c’est féminin. Ou que comme les femmes saignent à chaque lune, elles sont connectées à la nature. Ou que le pouvoir créateur est féminin parce que la femme à le pouvoir de gestation.

Pourquoi les hommes ne pourraient pas être dans l’introspection, être connecté à la nature, ou avoir un pouvoir créateur ? Où est la logique ?


Lorsque l’on dit « Terre Mère », il y a une logique physique car la terre, sous nos pieds, est la matrice où se développe les graines avant de devenir des plantes et des arbres. Et le complémentaire d’une seule et même réalité si l’on veut traduire la polarité de cela vient naturellement en « Père Ciel », d’autant plus que la pluie qui est nécessaire vient du ciel. Parce qu’il y a la Terre et le Ciel et que cela défini la réalité dans laquelle la vie prend forme. Mais là encore, on n’a pas dit « femme Terre ». On ne parle pas de féminité mais de maternité. C’est pour cette raison que c’est cohérent. Et très souvent on parle d’énergie féminine en voulant définir des énergies maternelles, alors que la mère n’est qu’une des facettes que la femme peut avoir.


Il y a aussi un masculin sacré, car il faut bien qu’il y ait l’autre partie de ce binôme. On y dit à peu près la même chose en insistant plus sur la nécessité de l’acceptation de la vulnérabilité vu que c’est ce qui est le plus à l’opposé du schéma normal. Mais on en parle très peu, et cela est normal : si on attribue l’introspection à la femme, que reste-t-il à l’homme pour s’épanouir ?


C’est d’ailleurs une contradiction flagrante : les femmes incitent les hommes a s’épanouir pour qu’ils se sentent mieux, tout comme elles. Mais très peu d’outil sont dédié aux hommes. On reproche aux hommes de ne pas vouloir se remettre en question comme les femmes, mais les outils qu’ils ont à leur disposition sont fait par et pour des femmes la plupart du temps.


De la même manière, au lieu de les aider dans une progression commune, les femmes s’isolent dans des espaces interdits aux hommes. J’en ai discuté avec des femmes qui m’ont dit qu’elles ne pourraient pas s’exprimer et être de la même manière en présence d’hommes.

Mais alors, le souci vient-il de l’homme, ou de la femme qui se définit en fonction du regard de l’homme ? Si les femmes n’osent pas parler librement en présence d’hommes dans un cercle de parole de peur d’être jugées, c’est la peur de ne pas être à la hauteur de leur rôle de femme vis-à-vis de l’homme qui parle. Et c’est exactement le même processus quand une femme n’ose pas mettre une tenue voyante, ou affirmer son opinion, de peur qu’on ne la prenne pas au sérieux. Le problème ici n’est pas l’homme, car c’est justement dans les cercles de parole qui sont des endroits bienveillants et sans jugement que chacun devrait être là pour l’autre, en égal, pour l’aider à identifier ses peurs.

D’ailleurs, il en va de même pour les hommes qui essaient de prendre la parole dans un groupe de femmes. Leurs ressentis d’hommes est bien souvent dévalorisé et ils sont largement jugés comme des êtres humains qui ne peuvent pas explorer leurs émotions, leurs ressentis. Soit ils ne sont pas en capacité de comprendre, soit ils essaient de prendre la parole pour assoir leur domination. Comme l’introspection est considéré comme une qualité féminine, l’homme a moins de légitimité dans ce domaine.


Alors après, je ne condamne pas les ateliers non mixtes bien sûr. Encore une fois, si tu te sens bien, si ça fait du bien, c’est ok. Mais mon opinion est que l’homme comme la femme a sa place partout, pour échanger ou apprendre.


Rendre le sacré au spirituel


Le concept de féminin et de masculin sacré n’est pas mauvais, mais il scinde encore en deux une énergie au lieu de la rassembler. Et comment peut-on qualifier de « sacré » ou « divin » une énergie brisée, et donc incapable d’être épanouie ?


Personnellement, je me sens épanouie et relativement en paix avec moi-même (bon, y’a encore un peu de travail…). La société me considère femme et cela ne me dérange pas. Mais je m’approprie autant des forces dites féminine que masculine, suivant mes envies, mes besoins. J’explore, je teste. Comment est ce que je me sens dans cette tenue ? En ayant ce comportement là ? Et je garde ce qui me fait du bien, ce qui me rend plus heureuse. Avec toujours la possibilité de changer d’avis quand ça me chante.


Lorsque je suis dans un processus créatif, je ne me sens pas plus « femme ». Tout comme lorsque je ressens des énergies très fortes, de positionnement, guerrière, je ne me sens pas moins féminine. L’homme peut créer, la femme peut se battre. Pour genrer les énergies ?

Cela ne veut pas dire que je souhaite gommer les genres existants, pas du tout ! L’humain a besoin de définir les choses, d’avoir des outils pour nommer la différence. Mais ces outils doivent être une aide pour évoluer, pas des outils de pouvoir.


Chaque mois, lorsque mon sang coule et me rappelle la potentielle mère en moi, de puissante énergie sont présente. Il est facile de les qualifier de féminine car elles ont ici liées à mon corps de femme. Et encore, « maternelle » serait plus juste et du coup car on parle de la femme en tant que mère potentielle dans ce cas.

Mais est ce juste de dire que toutes les énergies créatrices sont pour autant féminine ? Je ne pense pas.


On peut donc se poser une question fondamentale : Que veut dire être femme hors de ma définition biologique et des postulats de la société ? D'un point de vue spirituel ? L'âme est-elle genrée ? Bien sur, on peut poser la même question pour les hommes, mais il s'avère que je m'identifie femme.


Je pense que non. Je pense que spirituellement il n'existe pas de différentiation homme/femme. Que notre âme, notre énergie primordiale, est entière et infinie dans ce qu'elle peut être. Cependant, en tant qu'être incarné, nous sentons quelque chose de particulier. Au fond de nous. Lorsque l'on entends "féminin sacré" ou "masculin sacré", et bien ça nous parle. Ça raisonne. La raison est la suivante : Nous avons choisi d'être là, dans ce corps, pour cette vie, à cette époque, à cet endroit. Le choix de ce corps et cette société n'est pas le fruit du hasard. C'est notre choix. Donc la manière dont nous nous définissons en tant que genre, ou dont la société nous définie, c'est notre choix.

Qui nous sommes, notre corps et nos question et définition de genre, sont le choix sacré que vous avez fait pour expérimenter la vie. Votre corps est le temple sacré que vous avez choisi pour apprendre de la vie. Ainsi, vous comprenez que se connecter à son "féminin sacré", c'est en fait se rappeler de ce choix que nous avons fait et d'intégrer les expériences que nous vivons dans notre chemin de vie. Mais cela n'a rien à voir avec le genre. Nous pourrions dire "incarnation sacrée".

Et se faisant, les luttes de genre n'ont plus aucun sens. Seul reste le respect des êtres humains entre eux, et la grande capacité qu'ils peuvent avoir en s'accomplissant.

Des êtres humains qui se connaissent eux-mêmes physiquement, émotionnellement et spirituellement.

Des êtres humains qui s’acceptent entièrement tel qu’ils sont, dans leurs qualités comme dans leurs défauts.

Des êtres humains qui peuvent se revendiquer femme, ou homme, ou les deux, ou aucun des deux, car tout est une question de perception personnelle et intime, un choix. Un choix privé qui ne regarde qu'eux.

Des êtres humains dans la tolérance plutôt que le jugement.

Des êtres humains qui n’ont pas besoin de prendre le pouvoir sur d’autres êtres humains ou de leur donner le pouvoir sur eux pour se valoriser ou trouver leur identité.

Des êtres humains qui savent vivre ensemble, s’aimer pourquoi pas (mais on est pas obligé d’aimer tout le monde !).

Des êtres humains qui savent avoir du plaisir et en donner.

Des êtres humains connectés à la nature autour d’eux et à la nature en eux.


Un système que nous pourrons alors léguer à nos enfants, non pas pour assurer notre pouvoir, mais pour leur offrir le choix.

« Et tu seras libre mon enfant ».

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